samedi 13 février 2016

LES DIEUX DU VERDICT

LES DIEUX DU VERDICT

The Gods of Guilt - Little, Brown and Company -Michael Connelly - 2013

Calmann - Lévy - Octobre 2015

Extrait: page 31

- Ton père appelait toujours les jurés, "les dieux du verdict". Tu te rappelles?
- Oui. Parce que ce sont eux qui décident de l'innocence ou de la culpabilité de l'accusé.

L'histoire

Mickey Haller touche presque le fond. Les affaires ne sont guère florissantes et le cabinet Haller and Associates tourne au ralenti.
Aussi, quand un client accusé de meurtre fait déposer au bureau un lingot d'or pur d'un kilo comme acompte et que la victime s'appelle Giselle Dallinger pour le mac numérique accusé du crime, Glenda Daville à Las Vegas et finalement identifiée comme étant Gloria Dayton, une vieille connaissance, l'argent et les souvenirs, ça motive.
Sept années. Sept années durant lesquelles Mickey pensait l'avoir remise dans le droit chemin. L'ex-prostituée toxicomane était partie à Hawaii avec un bon paquet de fric pour se remettre à flots et lui envoyait de temps en temps une carte postale ou ses voeux de Noël.
L'enquête sur ses antécédents va révéler un passé bien plus trouble, malsain et dangereux. Et Mickey, déjà rongé par la culpabilité, est-il prêt à affronter la vérité dans une affaire mêlant entre autre la DEA et le cartel de Sinaloa?

Extrait: page 155

Ma chaire est le prétoire. Et c'est aux douze jurés, les dieux du verdict, que je prêche.

Le personnage principal: Mickey Haller

Le boulot d'avocat de la défense est à double détente. Attirant, souvent présenté à son avantage malgré ses défauts dans les séries policières quand le héros défend le faible, l'innocent injustement accusé de forfaits abominables et rétablit la vérité au nom de la justice.

Motivé financièrement quand une grosse affaire médiatisée se conclut favorablement, l'avocat est néanmoins méprisé par toutes les composantes du système légal telles que les policiers et les procureurs qui représentent le peuple et les victimes au tribunal.
Et en ce qui concerne Mickey Haller, le mépris et la haine à son encontre remplissent presque intégralement le cahier des charges.

En effet, il s'est constitué une réputation de défenseur de ce que tout le monde peut produire de pire en matière de délinquants et de criminels, avec des "succès" qui voient les pires ordures être remises en liberté pour une erreur de procédure, un témoignage retourné ou une preuve scientifique annulée.
Mais comme le dirait feu Haller senior, "même la pire des crapules a le droit à une défense dans les règles".

Extrait: page 43 (la défense Lincoln - 2006)

"Le droit était une grande machine rouillée qui avalait des gens, des vies et de l'argent. Moi, je n'étais que mécano...
Le droit n'avait plus rien pour me séduire... Pour moi le droit n'avait rien à voir avec la vérité. Mais tout avec la négociation, l'amélioration et la manipulation. Je ne faisais ni dans la culpabilité ni dans l'innocence, parce que tout le monde était coupable. De quelque chose."

J. Michael Haller Senior meurt alors que Mickey est âgé de cinq ans. Sa mère est une actrice mexicaine de telenovelas avec laquelle Senior a eu une sérieuse aventure, lui qui est aussi le père de Harry Bosch (cf articles lui étant consacrés dans ce même blog). L'homme était un avocat de renom des années quarante aux années soixante-dix, défendant notamment Mickey Cohen, le caïd de la pègre de Los Angeles après guerre, et les filles de la secte Manson à la fin des années soixante. Plusieurs biographies sont d'ailleurs sorties à son propos.

Déjà divorcé au début de "Lincoln Lawyer" (La Défense Lincoln), Mickey Haller entretient néanmoins de bons rapports avec son ex, Maggie McPherson, surnommée Maggie McFierce (Fierce veut dire féroce pour les non-anglicistes). Ils sont restés ensemble huit ans, leur fille Hayley étant née au bout de quatre ans de relation commune. Celle-ci évolue au fil des romans, pas franchement dans le bon sens car s'ils couchent ensemble un soir dans "Lincoln Lawyer", leurs rapports plus distants bien que très amicaux dans "The Reversal" (Volte-Face).

Dans ce roman, à la fin de la partie accusation du procès, Mickey, Maggie, Harry, Hayley et Madeline (fille de Harry) se retrouvent ensemble lors d'un repas à la "casa" Haller, une maison sur Laurel Canyon dans Fareholm Drive. Sur la terrasse avant de la maison, on a une vue panoramique de Hollywood Boulevard.

Maggie McPherson est une district attorney, une "procureure" dont le boulot consiste à faire condamner le ou les accusés. De ce fait leur vie professionnelle antagonise leurs rapports personnels. Mais Mickey Haller passe de l'autre côté pour essayer de remettre définitivement Jason Jessup en prison. Celui-ci a passé plus de vingt ans en prison pour le meurtre d'une fillette de douze ans mais de nouvelles preuves obtenues grâce aux progrès scientifiques en matière de génétique semblent l'innocenter.

Quand Mickey se voit proposer à sa grande surprise le poste de procureur par l'attorney général" (patron de tous les district attorneys d'un État), il obtient les pleins pouvoirs et la possibilité de choisir ses collaborateurs. Il va donc s'adjoindre les services et conseils de Maggie qu'il estime être l'une des meilleures sinon la meilleure des D.A.

Extrait: page 35 (The Reversal)

"On the defense side, you have a responsability to one person. Your client. When you are a prosecutor, you represent the people and that is lot more responsability. That's why they call it the burden of proof.

Mickey va se mettre à comprendre les arcanes de l'accusation et les difficultés que doit surmonter le district attorney quand en face, un avocat de la défense talentueux et procédurier peut démonter et détruire tout son travail en instillant le doute dans l'esprit des membres du jury.

Extrait: page 277 (The Reversal)

"She always called it the burden of proof. Not the legal burden. But the psychic burden of knowing that you stood as repesentative of all the people... The prosecutor was always the overdog. The Man. There was no burden in that, at lesat nothing compared to the burden of the defense attorney, who stands all alone and holds someone's freedom in his hands. I never understood what she was trying to tell me. Until now.

"The Reversal" se passe quelques mois après "Nine Dragons". A la fin de ce roman, Haller va aider Harry Bosch qui s'est quelque peu affranchi des méthodes légales à Hong-Kong pour récupérer et ramener sa fille Madeline à Los Angeles après la mort de sa mère. Maddie a le même âge que Hayley. Et si Bosch, fidèle à lui-même et à ses convictions penche plus naturellement du côté de Maggie, il accepte néanmoins le poste d'enquêteur que lui propose Mickey, sachant que Maggie sera ethiquement de son côté.

Extrait: page 47 (The Reversal)

" He had been on the case with her for less than a week but he understood this within the first hour of meeting her. She knew the secret. That it wasn't about code and procedure. It wasn't about jurisprudence and strategy. It was about taking that dark thing that you knew was out there in the world and bringing it inside. Making it yours..."

Après le roman "Lincoln Lawyer", Mickey sombre dans la déprime, boit et prend des opiacés pour oublier la conclusion dramatique de l'affaire Roulet. Maggie prend ses distances et empêche Hayley de voir son père dans cet état. Un rapprochement s'opère dans "The Reversal" mais au début de "The Gods Of Guilt" (Les Dieux Du Verdict) on apprend que Maggie a été mutée à un poste qui ressemble furieusement à une mise au placard car Mickey avait mené campagne pour le poste de district attorney l'année précédent ce roman, avait été soutenu par Maggie mais s'était fait sévèrement battre par Damon Kennedy (aucun rapport avec la famille politique bien connue).

De plus, Hayley ne veut plus lui adresser la parole (elle est alors âgée de seize ans) parce qu'il a fait libérer pour une erreur de procédure un homme arrêté pour la nième fois pour conduite en état d'ivresse. Ce Sean Gallagher avait ensuite causé la mort, encore une fois bourré au volant, d'une camarade de classe de Hayley et de sa mère.

Extrait: page 36 (Les Dieux Du Verdict)

"Soudain je pensai à ma fille et à une des dernières choses qu'elle m'avait dites avant de couper les ponts avec moi. Elle avait traité mes clients de "lie de la société", ne voyant en eux que des voleurs, des drogués et des assassins. A l'heure qu'il était, je n'aurais pu lui opposer quoi que ce soit."

Mickey Haller est surnommé le"Lincoln Lawyer" parce qu'il ne travaille pas dans un bureau mais dans sa voiture, une Lincoln Town Car. C'est un de ses clients trafiquant de drogue qui lui a donné la première en paiement de ses excellents services. Il a ensuite acheté un lot de quatre voitures au prix de gros pour pouvoir en changer quand la voiture atteignait les cent-mille kilomètres au compteur. La voiture est aménagée pour qu'il puisse travailler sur ses affaires, équipée d'un ordinateur portable, d'une imprimante et d'un téléphone.

Cette voiture dont la première version est sortie en 1948 s'est appelée (dans le désordre) Continental, Capri, Premiere ou Cosmopolitan. La version Town Car qu'utilise Mickey a commencé à être fabriquée en 1981. L'arrêt de fabrication a eu lieu trente ans plus tard soit en 2011. Le modèle standard est équipé d'un moteur de 4,9l V8 développant près de 240 chevaux.

Qui dit Lincoln dit chauffeur. Pour Mickey, c'est encore à la grâce d'un arrangement donnant-donnant qu'il emploie Earl Briggs à qui il a évité la prison pour trafic de drogue (encore!) et dont il a défendu la mère menacée d'expulsion en échange de six mois de bons et loyaux services au début de "The Gods Of Guilt".

Le secrétariat du cabinet Haller and Associates est sis dans un appartement sur West Hollywood où habite Lorna Taylor, deuxième ex-femme de Mickey, et Cisco Wojciechowski, actuel mari de Lorna et enquêteur pour le cabinet après la mort de Frank Levin dans "Lincoln Lawyer", Lorna étant la "secrétaire" qui réceptionne les appels téléphoniques et organise l'emploi du temps de Mickey.

Extrait: page 63 (Les Dieux Du Verdict)

"Cisco roulait en Harley-Davidson et s'habillait en conséquence,... un jean noir, des bottes, un tee-shirt moulant noir avec un gilet en cuir par-dessus."

Dans l'intitulé du cabinet, il y a Associates mais seule Jennifer Aronson répond à ce critère. Elle a été embauchée par Mickey à sa sortie de l'école de droit de Southwestern. Son domaine d'activités au sein du cabinet concerne principalement la défense des propriétaires menacés de saisie suite à la crise financière de 2008, un secteur plus que florissant qui assure des rentrées d'argent plus régulières que le pénal. Son surnom est Bullocks car son école de droit occupe les locaux des anciens grands magasins Bullocks. Dans "The Gods Of Guilt", elle presse Mickey d'embaucher un autre juriste pour qu'elle puisse enfin s'occuper d'affaires au pénal.

Si Harry Bosch, le demi-frère de Mickey Haller, n'a jamais eu l'honneur d'être porté à l'écran (au cinéma) alors qu'il est le personnage principal de plus d'une vingtaine de romans et apparaît même dans les trois romans concernant Haller (quelques pages seulement dans "The Gods Of Guilt"), le premier des Haller à été adapté au cinéma.

Le "Lincoln Lawyer" est sorti en 2011, scénarisé par John Romano et réalisé par Brad Furman. Michael Connelly voulait que son personnage soit interprété par Matthew McConaughey après l'avoir apprécié dans "Tropic Thunder" ou "Tonnerre sous les Tropiques", un excellent film de et avec Ben Stiller.
La greffe a pris et le film est assez bon, porté par un casting juste ce qu'il faut: Marisa Tomei dans le rôle de Maggie McPherson, William H. Macy interprétant l'enquêteur Frank Levin. Brian Cranston (Breaking Bad) joue le rôle du détective Lankford, un flic que Mickey retrouve dans "The Gods Of Guilt". Ryan Philippe complète le casting en étant Louis Roulet.
Un autre roman de Michael Connelly a été porté à l'écran mais le héros n'est pas Harry Bosch mais Terry McCaleb, agent du FBI qui croise Harry dans le roman précédent "Créance de Sang" (Bloodworks), adapté, interprété et réalisé par Clint Eastwood. 

  




dimanche 3 janvier 2016

A RED DEATH

A RED DEATH

Walter Mosley - Washington Square Press - 1991

L'histoire

Après la guerre "chaude" est venue la guerre froide. Dès la fin du conflit qui voit Hitler et ses associés dégager, les USA se trouvent de nouveaux ennemis.

Extrait page 14

"In the forties and fifties we obeyed the law, as far as poor people could, because the law kept us safe from the enemy. Back then, we thought we knew who the enemy was. He was a white man with a foreign accent and a hatred for freedom. In the war it was Hitler and his Nazis; after that it was comrade Stalin and the communists; later on, Mao-Tse-tung and the Chinese took an honorary white status. All of them bad men with evil designs on the free world.

L'histoire

Easy Rawlins a laissé tomber sa carrière de "détective privé à la fin de "Devil In A Blue Dress" quand il met la main sur un bon paquet de fric qu'il réinvestit dans l'achat de biens immobiliers. Mais c'est sous un prête-nom qu'il administre ses logements, passant aux yeux de tous pour l'homme à tout faire.
Alors quand l'agent du service des impôts Reginald Lawrence l'enjoint de régulariser ses retards de paiement, Easy se sent piégé. Mais l'agent du FBI Craxton lui propose un marché: infiltrer les membres d'une église de son quartier pour surveiller Chaim Wenzler, un juif blanc qui sous couvert d'activités caritatives chercherait à politiser et à syndicaliser les membres de cette congrégation. En échange de quoi le service des impôts fermera les yeux sur la fraude fiscale dont il est accusé.
Cool!
Sauf que les emmerdements commencent avec la mort d'une de ses locataires retrouvée pendue dans son appartement puis la découverte à l'église du cadavre du Reverend Towne, pantalon et sous-vêtement aux chevilles, encore en érection, sa petite amie étant également refroidie par balles de petit calibre.

Extrait page 218

"What about these communists? What you think about them?
- Well Easy, that's easy, he said and laughed at how it sounded. You know it's always the same old shit. You got yo' people already got a hold on sumpin', like money. And you got yo' people ain't got nuthin' but they want sumpin' in the worst way. So the banker and the corporation man got il all, an' the workin' man ain't got shit. Now the workin' man have a union to say that it's the worker makes stuff so he should be gettin' the money. That's like communism. But the rich man don't like it so he gonna break the worker's back.

Et alors!

Deuxieme aventure d'Ezekiel Porterhouse Rawlins, "A Red Death" évoque les années cinquante et son cortège de paranoïa anti-communiste, de listes noires instillées par le McCarthysme.
Walter Mosley étoffe la personnalité de héros, le rendant plus complexe, moins manichéen.
L'alcool coule à flot, on se demande comment Easy arrive à tenir autant, la violence est omniprésente dans cette description de la vraie vie à Los Angeles dans les "early fifties" vue du côté black.
Résultat: Nickel! De la balle! Jouissif!